Des choux-fleurs sur Mars

Début janvier, à l’occasion des rencontres de l’AGU, l’Union de géophysique américaine, Steven Ruff et son collègue Jack Farmer de l’université d’Arizona, ont présenté leurs recherches et réflexions portant sur des petites structures de silices en forme de choux-fleurs, approchées par Spirit en 2008 et en 2009, au sein du milieu où il séjourne. Selon eux, elles pourraient avoir été façonnées par une activité microbienne à l’image de ce qui est observé dans certains endroits sur Terre.

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Champ de choux-fleurs dans le désert d’Atacama

Le cratère Gusev (environ 166 kilomètres de diamètre) où a débarqué l’astromobile en 2004 fut sélectionné pour les signes tangibles, détectés par l’orbiteur MGS (Mars Global Surveyor), que de l’eau y fut présente dans un passé lointain (un probable ancien lac). Sur place, le rover a par la suite témoigné par ses relevés et analyses que l’environnement autour d’Home Plate et la structure elle-même, sont le produit d’une ancienne activité hydrothermale d’origine volcanique, « c’est même l’unique exemple attesté sur Mars », soulignent les auteurs de ces recherches, interrogés par Smithsonian.com.

Pour expliquer la formation de ces « expressions nodulaires » et de leurs minuscules « protrusions digitées », ensemble qui évoque des choux-fleurs, les hypothèses géochimiques proposées dans un premier temps n’ont pas convaincu Ruff et Farmer. Frappés par les ressemblances avec des structures qu’ils ont étudiées sur Terre, dans des milieux inhospitaliers, les deux planétologues avancent l’idée que ceux de Mars ont pu naître par les mêmes procédés.

« […] De nouvelles observations de dépôts de silice produits par de petits canaux d’évacuation de sources chaudes et de geysers dans un champ géothermique en haute altitude connu sous le nom d’El Tatio, dans le désert de l’Atacama au nord du Chili, révèlent des caractéristiques remarquablement similaires, y compris la signature spectrale infrarouge, et que nous décrivons ici comme structures de silice micro-digitées ». Pour eux, ces structures, également remarquées dans des sources chaudes du parc national de Yellowstone, la région volcanique de Taupo en Nouvelle-Zélande et l’Islande, « apparaissent via une médiation microbienne de la précipitation de la silice, des sortes de microstomatolites qui fournissent un environnement favorable pour la capture et la conservation de biosignatures microbiennes ».

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Il faut retourner voir sur place

Avec des températures qui peuvent descendre jusqu’à -25 °C (et grimper jusqu’à +45 °C), une humidité très basse (il pleut moins de 100 millimètres par an) et où, à environ 4.000 mètres d’altitude, l’atmosphère laisse passer davantage d’ultraviolets, le désert de l’Atacama apparaît aux yeux des scientifiques comme l’un des milieux terrestres les plus ressemblants avec la Planète rouge, qui aujourd’hui arbore des conditions hostiles à la vie. Il y a plus de 80 geysers dans la région d’El Tatio et, comme l’indiquent les chercheurs, il n’y a peut-être pas beaucoup d’animaux « mais la vie microbienne y prospère ». Aussi, puisque cela est possible dans ces conditions, on peut légitimement se demander si cela n’a pas été le cas sur la Planète rouge.

La prudence s’impose bien sûr. Des processus non biologiques peuvent en effet être impliqués dans la formation de structures complexes qui s’en approchent. Pour en savoir plus et avant de clamer que des traces de vie anciennes ont été découvertes sur Mars, le mieux serait bien sûr d’y retourner et de rapporter des échantillons dans les laboratoires terrestres.

Cela pourrait devenir possible avec la future mission Mars 2020 Rover, dédiée à la recherche de la vie – la première depuis Viking 1 et 2 –, car le cratère Gusev figure justement sur la liste des sites sélectionnés par la Nasa pour son débarquement.

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